Les limites du “miracle GWT”

Posté par Bruno Marchesson, le 08/07/2007.

GWT au pays des Bisounours
Sentez-vous ce parfum d’euphorie un brin béat qui traverse le web à la seule évocation de GWT, cette propension à parer de qualités la librairie de Google parfois au mépris de toute objectivité ? Ressentez-vous à la lecture des différents articles de présentation l’ombre de ce doute face à cette librairie, dont on vous promet monts et merveille sans contrepartie ? Parfaite intégration avec l’existant, productivité multipliée par 5, la fin des migraines Javascript ? Se peut-il vraiment que tout soit aussi parfait ?
Non, bien sûr que non…
J’avoue ne pas être d’un nature très « groupie », et donc que les superlatifs provoque en moi au mieux un haussement de sourcil interrogateur, et bien plus souvent un réaction de méfiance face au merveilleux que l’on me promet.
Soyons clairs : je pense, je suis persuadé que GWT est une bonne librairie, un très bon outil. Pas moins. Pas plus non plus. En effet, elle résout nombre de problématiques liées aux développements Ajax et Web 2.0.
De là à dire qu’elle ne souffre d’aucun défaut, il y a un pas que je me refuse à franchir. Explication en détail…

Le syndrome de la librairie magique
Comme toute nouvelle librairie, les avantages de GWT ont tendance à en cacher les limites. Souvenez-vous du précédent « Hibernate » : l’accès aux bases de données devenait tellement plus simple que l’on a cru, à tort, que la gestion de la persistance se ferait sans mal, et mieux, sans avoir besoin de comprendre les mécanismes sous-jacents tels que transactions, jointures et accès concurrents.
On assiste ici au même phénomène : la création d’application Ajax est rendu tellement plus abordable avec GWT que l’analyse s’en arrête aux bienfaits sans en mesurer les coûts et les pièges. Ne vous faites pas d’illusion : une connaissance, même partielle, de Javascript et des mécanismes associés reste nécessaire pour éviter toute déconvenue.
A mon avis, GWT, tout comme Hibernate ou Java en son temps, résout 80% des problèmes, mais crée 20% de problématiques nouvelles et complètement inédites qu’il serait malhonnête d’ignorer ou de passer sous silence.

Le mythe de l’intégration avec l’existant
L’un des arguments les moins recevable pour le modeste auteur d’hibernate4gwt que je suis est de dire que GWT fonctionne sans peine avec les applications existantes.
C’est bien entendu parfaitement faux avec toute application Spring-Hibernate (pour rester sur des technos éprouvées).
Le simple fait que GWT ne supporte que la syntaxe Java 1.4 pour la partie JavaScript de l’application interdit d’utiliser annotations et collections typées, pourtant largement répandues dans nos applications. Il en découle l’impossibilité pure et simple d’utiliser les entités du Domaine dans la partie cliente d’une application GWT.
Face à ce problème, la communauté se contente pour l’instant de pis-aller. La plus répandue consiste à convertir les entités du modèle en DTO (data transfer objects) par l’entremise de Dozer, ce qui implique l’apprentissage d’une nouvelle librairie et l’écriture des fichiers de mapping idoines. Avouez que pour une intégration naturelle, on peut repasser…

Et encore, je vous fais grâce des problématiques propres à la coexistence des entités Hibernate avec GWT -/. Pour plus d’info sur ce sujet, je vous renvoie au site web d’hibernate4gwt, où j’ai posté un article sur le sujet…

Une documentation anémique
A la différence d’Hibernate ou de Spring, deux poids lourds de l’Open-Source cités plus haut, GWT ne bénéficie que d’une documentation, disons, sommaire. Quelques pages web couvrant les cas standard, mais rien concernant de manière exhaustive le fonctionnement de la librairie.
C’est d’autant plus gênant que cette librairie contient de nombreux concepts innovants qu’il conviendrait de mieux documenter (je pense notamment aux Serializer et aux Generators) afin d’en encourager l’adoption, l’usage et l’enrichissement.
Heureusement, quelques passionnés, tel Robert Hanson, ont pris le taureau par les cornes et entrepris un large travail de vulgarisation que ce soit sur leur site web (dont Timepedia est sans doute l’un des meilleurs exemples) ou par le biais de livres (le célèbre et pour l’instant relativement unique « GWT in action »), mais cela peut difficilement avoir la valeur d’un manuel de référence estampillé « officiel », nécessaire à l’adoption par le plus grand nombre.

Dans la jungle des widgets
Les composants graphiques GWT affichent une situation paradoxale : le framework en lui-même en propose relativement peu (cf. Kitchen Sink, la démo “officielle” GWT), et les librairies de composants tierces (Open-Source ou non) sont pléthores.
Pourtant, autant on peut faire confiance au caractère professionnel des widgets natifs GWT, autant on est en droit de s’interroger concernant les autres composants : quelle est leur fiabilité ? Leur pérennité ? Gèrent-ils convenablement l’arbre DOM ?
Bref, des interrogations que l’on ne peut évacuer d’un simple haussement d’épaule et qui demanderait une évaluation minutieuse, ou l’émergence d’un standard de fait, ce qui ne semble pas encore le cas.

Programmation graphique : un pas en avant, un pas en arrière ?
Avec sa programmation entièrement en Java et événementielle, GWT nous renvoie un peu à l’ère de Swing, avec ses avantages et ses inconvénients.
Au rayon des premiers, la programmation graphique retrouve enfin son unité, face aux innombrables lnagages nécessaires à une page JSF-Ajax (HTML, JSP, JSTL, Javascript,…)
Concernant les défauts, on notera la fin de la séparation entre design et programmation, tel qu’il avait été introduit justement avec les JSP/JSF.
Plus important, GWT n’est pas structurant en terme de programmation. Il n’existe pas à ce jour de framework standardisant la programmation d’une action, ou les règles de navigation, à la manière d’un Struts en son temps…
Du coup, chaque développeur a l’embarras du choix pour coder le comportement de son application, et au vue du forum officiel, nombreux sont ceux qui sont embarrassés par ce choix p. De plus, les projets y perdent en homogénéité, et donc le retour d’expérience sur telle ou telle pratique sont plus lents.

Conclusion
Ces manques, ces défauts, ne doivent pas vous faire perdre de vue mon propos premier : GWT est un très bon outil, sans doute le meilleur disponible concernant le développement d’application Ajax.
Mais au milieu de toute cette vague d’enthousiasme parfois sans recul, il me semblait important de ramener GWT à un juste statut : celui d’une librairie, utile et productive certes, mais dont l’adoption ne se fera pas sans impact…

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